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trollmopsbaveux
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MessageSujet: Archives journalistiques...   Jeu 8 Mar à 12:55

Vincent Delerm : le Rouennais de Paris

source : Paris Obs le 04/07/2002



Vincent Delerm est parisien, dites-vous. Ces promenades sans fin dans le Saint-Michel des éditeurs, cette gentille nostalgie des cinés d’art et essai de la rue Champollion, ces parties de flânerie chez les bouquinistes des quais: tout indique une filiation sépia du chanteur à la ville. Vous connaissez les paroles: « Et ce matin / rue Saint-Séverin / Je sors de chez toi / habillé comme hier / Dans la ville normale / Des voitures banales.» («Slalom géant»). Ou encore: «Mes parents étaient très contents / Ils vivent à Châtenay-Malabry / Ils s’ennuient un peu maintenant.» («Châtenay-Malabry »). Et puis cette définition quasi canonique du bobo intra-muros, limite montreuillois: «Tes parents ce sera peut-être des professeurs de lettres / branchés sur France Inter / Et qui votent pour les Verts / Chez tes parents dans ce cas-là / Il y aura “Télérama” / Et un album de Colette» («Tes parents»). Vous devez avoir raison, Vincent Delerm est parisien. Les indices abondent. Son parcours musical vaut acte de naissance. Il fait d’abord ses classes dans les cabarets du Marais, devant des publics aux dimensions de papier à cigarettes. Pas découragé, il enregistre plus tard un album à son nom, qui glisse du pavillon de famille à la chambre avec vue. De Saint-Germain-en-Laye (7Cool à Saint-Germain-des-Prés (6e). Encore un étudiant des Yvelines passé par Sciences-Po, pensez-vous. Avec option dandy neurasthénique, qui écrit ses chansons «entre un bouquin d’Eric Holder, un chandelier blanc Ikea / et une carte postale de Maria». Loupé. Fausse route. Tout faux. Vincent Delerm est de Rouen, Seine-Maritime. Fils de Philippe, l’écrivain. L’inspiration, il la trouve dans cette ville de 120000habitants, où il se rend le plus souvent possible depuis qu’il enregistre à Paris. Pour observer. Pour (d)écrire. La rue Saint-Séverin, la fac de Jussieu et Châtenay-Malabry? Des leurres. Des artifices pour tromper le géographe. Des localités normandes transposées sur la carte du RER: «Je ne voulais pas citer les rues de Rouen, la musique n’est pas un reportage.» A défaut, il cite Paris, la grande ville anonyme, paratonnerre de sa drôlerie douce-amère. Il dit: «La description des choses, si précise soit-elle, ne relève pas des noms de lieux. Ceux-là sont utiles pour leurs sonorités musicales, suggestives. Châ-te-nay Ma-la-bry, vous entendez.» Du reste, Delerm ne connaît pas cette banlieue des Hauts-de-Seine. Le sens n’est pas dans la topologie. Le décor est là pour détourner l’attention. Vous êtes au Jardin des Plantes, et Delerm («la Vipère du Gabon») y va de sa voix de basse: « A l’entrée du zoo / Tu sais j’attends des jumeaux / J’espère qu’il y aura des éléphants / Et ta mère elle est au courant.» Olivier Bouchara
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